Interdiction du CBD alimentaire : Depuis le 15 mai dernier, la vente de produits alimentaires au cannabidiol (CBD) est interdite. Cette décision de la Direction générale de l’alimentation (DGAL) est diversement appréciée par les acteurs de la filière de la région lyonnaise.
Après plusieurs années de tolérance, la Direction générale de l’alimentation a choisi d’appliquer strictement la réglementation européenne « Novel Food » en interdisant les produits alimentaires au cannabidiol. Cette décision impacte de nombreux acteurs qui ne peuvent plus fabriquer et/ou vendre certains produits.
Interdiction du CBD alimentaire : les laboratoires Boiron concernés
Les laboratoires Boiron, qui avaient lancé en septembre 2023 des produits au CBD sous le nom CBD by Boiron, sont concernés. Si la gamme de produits cosmétiques, comme des crèmes et huiles de massage, pourra toujours être commercialisée, ce ne sera plus le cas pour les huiles pures qui sont des compléments alimentaires.
« Une clarification était attendue depuis plusieurs années. Les laboratoires Boiron ont toujours respecté toutes les réglementations et nous stopperons purement et simplement la vente des produits concernés par l’interdiction à réception du document officiel. La gamme CBD by Boiron n’est pas une gamme majeure et compte principalement des produits cosmétiques qui restent commercialisables et se développent bien », déclare Laura Maucci-Ponzio, directrice des relations extérieures du groupe lyonnais spécialiste de l’homéopathie.
Le syndicat des chanvriers français dénonce une mesure inadaptée qui pénalise les agriculteurs
Du côté de la filière agricole du chanvre, la décision a surpris. Laure Deschamps, productrice de chanvre dans le Haut Beaujolais et secrétaire de la région Auvergne-Rhône-Alpes à l’Association française des producteurs de cannabinoïdes (AFPC) qui rassemble 1 200 exploitations, regrette que « tous les produits soient mis dans le même panier ».
L’agricultrice, qui cultive à l’année 200 pieds de chanvre, transforme elle-même sa production pour proposer notamment des tisanes et macéras. « Je vends ces produits sur des marchés et des salons. Ils sont très appréciés des clients qui ont des douleurs ou des problèmes de sommeil. Certains clients ont fait des stocks avant l’interdiction, mais je vais continuer de vendre », affirme la gérante des Chanvrières du Beaujolais qui relaie la position de l’AFPC : « Notre syndicat combat depuis toujours la présence de produits NPS (nouveaux produits de synthèse) frauduleux sur le marché, mais ne peut accepter un dispositif qui, en ciblant indistinctement l’ensemble de la production, échoue à identifier les véritables produits frauduleux tout en frappant des produits agricoles n’ayant jamais présenté le moindre risque pour les consommateurs ».
Alors que les produits alimentaires représentent 70 % de la production des chanvriers français, l’AFPC craint que l’interdiction mette en péril toute une filière.
Une perte de chiffre d’affaires pour les boutiques spécialisées
La nouvelle interdiction frappe également plus de 2 000 boutiques spécialisées dans la vente de produits au CBD qui pourraient perdre une part importante de leur chiffre d’affaires. En effet, d’après l’Union des professionnels du CBD (UPCBD) : « L’avenir du CBD réside dans les produits alimentaires. Les conséquences de cette décision sont alarmantes pour l’économie française puisque 35 000 emplois directs sont menacés sur l’ensemble de la filière et 40 % du marché est sacrifié ».
Anthony Baliardo, dirigeant des boutiques Les Gones du CBD implantées à Lyon et à Vienne, estime que « la mesure représente entre 5 % et 10 % de perte de chiffre d’affaires » car ses ventes se concentrent surtout sur les fleurs et les résines. Le chef d’entreprise regrette l’interdiction des huiles au CBD plébiscitées par une certaine clientèle. « Les personnes âgées utilisent les huiles pour lutter contre certains maux. Elles vont désormais devoir se tourner vers des somnifères et des calmants qui sont sources d’addiction. C’est incompréhensible », argumente-t-il.
Plus largement, Anthony Baliardo déplore « une ligne de conduite de l’Etat basée sur la répression plutôt que la prévention » qui amène des entreprises comme la sienne à être « les dindons de la farce ».
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